UN PROCÈS D'INTENTION NON FONDÉ

 La lettre a été publiée le 27 juin dans La Presse, voir la publication

Alors que sévissait une sévère pénurie de médecins de famille, surtout si on tient compte de la lourde charge hospitalière que doivent assumer ces derniers au Québec, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) s’est entendue avec le gouvernement pour mettre en place, en novembre 2011, des mesures incitatives afin d’encourager la prise en charge et le suivi de patients orphelins.  Nous pensions, et nous pensons toujours, que cette façon de faire répondait mieux aux intérêts des patients qu’une majoration uniforme de tous les actes médicaux. L’objectif : que le plus grand nombre possible de médecins de famille prennent en charge et suivent quelques patients supplémentaires, voire quelques dizaines de plus.  Il nous est apparu logique d’investir les ressources là où les besoins de la population étaient les plus criants. D’ailleurs, lorsque ces incitatifs furent mis en place et par le fait même rendus publics, aucune voix notable ne s’est élevée contre cette façon de faire, surtout que contrairement aux prétentions de certains, ces mesures ont porté fruit, puisque depuis le début de l’année 2012, les médecins de famille québécois ont inscrit et pris en charge 970 192 nouveaux patients. Évidemment, les mesures incitatives n’expliquent pas tout puisque la majorité des nouveaux patients ont été pris en charge sans que le médecin ne réclame le supplément auquel il avait droit.   Et oui, les médecins de famille, comme ça arrive souvent d’ailleurs, ont  laissé dans les coffres de l’État de l’argent auquel ils avaient droit !  

N’empêche que suspectant certaines pratiques (chez un nombre extrêmement limité de médecins) qui ne correspondaient pas à l’objectif initial des mesures incitatives, la FMOQ a convaincu le gouvernement en juin 2013 de modifier les paramètres permettant d’avoir droit aux mesures incitatives en y restreignant l’accès. Une initiative alors saluée. Malheureusement, vint ensuite le cas carrément exceptionnel et peu défendable de l’ancien ministre de la Santé, Yves Bolduc. Débuta alors un débat où toute nuance était désormais impossible puisqu’il fallait absolument jeter le bébé (des mesures incitatives qui fonctionnent) avec l’eau du bain, et ce, même si ce qu’on a appelé les «primes Bolduc» n’existaient déjà plus en fait au moment du début de la controverse publique à l’été 2014 !  S’en suivit une campagne de dénigrement de l’ensemble de la profession médicale où les faits et la raison n’avaient plus leur place. Campagne qui semble se transformer maintenant en chasse aux sorcières sous la plume de M. Vailles alors que s’appuyant sur quelques inscriptions ne semblant pas répondre aux normes souhaitées sur un total de près d’un million d’inscriptions, on extrapole sur des scénarios apocalyptiques où les médecins ne seraient que des profiteurs et la RAMQ un agent payeur complaisant et incompétent. Évidemment, cela ne correspond pas à la réalité, et aucune donnée tangible ne vient corroborer un tel scénario, mais qui s’en soucie une fois le procès d’intention bien lancé ?

Les faits sont pourtant têtus : les médecins de famille québécois, malgré une charge de travail en milieu hospitalier qui représente 40 % de leur tâche et des conditions de travail actuelles déficientes (peu de soutien professionnel, technique et administratif), se sont engagés comme jamais à offrir des soins de qualité et à être davantage accessibles. Et ce, avec des objectifs bien tangibles (taux d’inscription de 85 % et taux d’assiduité de 80 % d’ici janvier 2018) qui correspondent à ce qui se fait le mieux dans des systèmes de santé comparables.  Nous entendons tout mettre en œuvre afin que ces cibles ambitieuses soient atteintes, et ce, pour le plus grand bénéfice des patients. Espérons seulement qu’une fois ces cibles ambitieuses atteintes, les procès d’intention non fondés auront laissé peu à peu place à cette belle réussite collective.

Le président,

Louis Godin, M.D.
Fédération des médecins omnipraticiens du Québec