L'accès prioritaire aux services spécialisés ( A P S S ) ------------ RALENTI PAR SON SUCCÈS ?

Médecins de famille, vous êtes tellement enthousiastes d’avoir maintenant les Centres de référence des demandes de service (CRDS) qu’on y voit parfois passer des demandes qui ne devraient pas s’y retrouver. Il est aussi tentant parfois d’y faire voir ses patients le plus rapidement possible en surclassant la priorisation. 

Les CRDS sont apparus pour offrir un accès plus facile aux opinions des spécialistes mais ils ne sont pas les courtiers de tous les rendez-vous.  Les formulaires contiennent de précieuses indications qui doivent être suivies rigoureusement.  Voici certains points que nous souhaitons porter à votre attention sur le fonctionnement du CRDS.



La priorisation A pour les patients devant être vus en spécialité en 3 jours et moins

Très peu de formulaires comportent une priorisation A.  On compte seulement 10 conditions avec priorité A sur les 9 premiers formulaires de demande de service.  Lorsque le formulaire ne comporte aucune priorisation de niveau A, la situation de votre patient doit être évaluée avec encore plus de prudence.  Consultez toujours la liste des alertes cliniques au verso du formulaire. 

Considérez que « 3 jours et moins » pourrait signifier plus probablement « 1 à 3 jours ».  La demande doit être acheminée, traitée, consignée dans le système, un rendez-vous doit être recherché, puis confirmé, le patient doit en être informé et qu’il s’y rende finalement !  Si vous estimez que votre patient doit être vu dans les prochaines 24 heures, dirigez-le vers l’urgence.

Les urgences, les accueils cliniques, les guichets d’accès en santé mentale, tous vos corridors habituels existent encore.  Le CRDS n’est qu’un outil supplémentaire.  Utilisez le bon corridor de service selon la situation. Dans les situations qui présentent un potentiel de détérioration rapide, n’hésitez pas à envoyer le patient à l’urgence. Les consultations au CRDS ne sont ni un passage obligé ni la solution à tout.



La seconde opinion

Certaines spécialités médicales se plaignent de voir beaucoup de patients à la recherche d’une seconde opinion.  Un spécialiste a même dû fournir une troisième opinion. 

Pour la première année d’existence des CRDS, mieux vaudrait ne s’en tenir qu’aux indications suggérées pour les deuxièmes opinions, par exemple lorsque le traitement est risqué ou toxique, ou encore lorsque le diagnostic n’est pas clair, que le traitement proposé est expérimental ou qu’il ne fait pas consensus.

Il faut aussi faire preuve d’équité envers les patients qui attendent d’être vus pour une première opinion.



Une requête bien remplie 

Il est donc primordial de lire le formulaire pour diriger votre patient au bon endroit, et de ne pas nuire à l’accès en rationalisant vos demandes de deuxième opinion.  Comment aider encore le personnel du CRDS à mieux servir vos patients ?  En utilisant le plus possible le tableau des raisons de consultations et en justifiant vos priorisations. 

La condition « autres »

Les conditions « autres » et leur priorisation ralentissent le travail des CRDS, en raison de la tâche supplémentaire qu’elles exigent.  En effet, l’agent administratif, qui peut traiter seul la demande standardisée, doit consulter l’infirmière pour les « autres » raisons de consultation.  L’infirmière étudie le formulaire et la priorité accordée à la condition.  Elle peut avoir à contacter le médecin référent pour comprendre la demande ou sa priorisation.  Elle pourrait aussi avoir à discuter du cas avec le médecin spécialiste répondant.   

La meilleure façon de procéder à une demande pourrait être de choisir, dans le tableau des raisons de consultation, la condition qui s’apparente le plus à la situation de votre patient, en ajoutant des précisions dans la section des Renseignements cliniques. L’idée est de fournir des informations précises et suffisantes pour éviter des démarches au personnel du CRDS et lui permettre de prendre le rendez-vous demandé sans délai.

Le surclassement des priorités

Ce phénomène a été observé il y a quelques années dans la région de Montréal lors de l’introduction d’un CRDS pour les requêtes d’échographie.  Résignés à ce que leur priorisation ne soit pas respectée, les médecins de famille surclassaient leurs demandes.  Au fil du temps, ils ont dû constater qu’un examen devant être exécuté dans un délai de 10 jours l’était effectivement.  Progressivement, la priorisation s’est ajustée en fonction de la nécessité médicale.

La même chose se reproduira ici.  De manière à vous aider si vous devez prioriser une condition « autres » ou modifier une priorisation déjà existante, considérez les conditions énumérées dans le formulaire de la spécialité choisie, et tentez de déterminer comment se compare l’atteinte fonctionnelle de votre patient.  Il faut surtout éviter d’indiquer une priorité mixte du type « B/C » !

Voici quelques exemples tirés de formulaires existants et à venir basés sur le fonctionnement quotidien du patient, qui pourraient vous aider dans votre classement :

Priorisation B (≤ 10 jours) 
  • Trouble grave, instable, avec désorganisation légère et risque de dégradation si traitement retardé (psychiatrie)      
Priorisation C (≤ 28 jours)
  • Condition instable (médecine interne) 
  • Rupture fonctionnelle ne répondant pas au traitement standard (psychiatrie)
  • Incapacité fonctionnelle sévère : impact majeur pour AVD et AVQ (physiatrie)                                   
Priorisation D (≤ 3 mois)
  • Condition à investiguer ou non contrôlée (médecine interne)
  • Fonctionnement stable mais détresse significative, ne répondant pas au traitement standard (psychiatrie)
  • Incapacité fonctionnelle modérée (ex : impact sur le sommeil, le travail et les loisirs) (physiatrie)
Priorisation E (≤ 12 mois)
  • Réévaluation du traitement ou du diagnostic chez un patient stable (médecine interne)
  • Condition chronique à optimiser ou 2e opinion (psychiatrie)
  • Incapacité fonctionnelle légère et persistante (physiatrie)

En terminant, souvenez-vous de ces trois points :

  • Familiarisez-vous avec le formulaire en lisant le tableau des raisons de consultation

  • Révisez les alertes cliniques propres à chaque formulaire

  • Utilisez judicieusement la référence en spécialité